Entretien accordé au Figaro et publié le 10 septembre 2017

Les députés LREM font leur rentrée aujourd’hui, quels conseils avez-vous à leur donner ?

Pour être élu, ils ont pris l’engagement de soutenir indéfectiblement le Président, qu’ils le montrent ! Leurs électeurs ne veulent pas d’un Parlement indiscipliné ! Leur éventuel succès collectif reposera sur leur silence. Que naisse une fronde dans leurs rangs et elle engloutira leur majorité. Deuxièmement, ils ne doivent pas oublier leur nombre… Leur force est avant tout mathématique et la solidité d’un groupe majoritaire tient à sa capacité à supporter la longueur des débats. Troisièmement, ils ne doivent pas se disperser. Soutenir le gouvernement passe par l’abandon de leur initiative législative. Ce n’est pas en amendant à la marge ses projets qu’ils lui seront utiles. Enfin, qu’ils protègent l’opposition. Plutôt que de chercher à la contrecarrer, qu’ils lui confient l’indispensable contrôle du gouvernement. En enquêtant elle mettra à profit la liberté dont un député de la majorité ne dispose plus. Tout cela n’est individuellement pas gratifiant, mais être la majorité est une ascèse quotidienne.

Quel regard portez-vous sur leurs premiers pas ?

C’est la première fois qu’un groupe majoritaire compte autant de députés qui ne partagent pas de référence commune. Et pourtant c’était frappant de voir combien ils étaient convaincus de la justesse de leur mission : rompre avec des pratiques partisanes qu’ils jugeaient désuètes, renvoyer aux poubelles de l’histoire des traditions parlementaires qu’ils assimilaient à des habitudes épuisées. Ils me faisaient penser aux équipages de Christophe Colomb qui regardaient avec commisération les coutumes des indigènes des Bahamas ! Fin juillet, l’ensemble, à rebours de leurs vœux, donna une désagréable impression d’amateurisme conjuguée à une forme de prétention. Et pire, il masqua le contenu des quelques textes qu’ils avaient pourtant finis par voter. En fait, la seule réelle nouveauté était leur connaissance approximative du droit.

Quelles différences identifiez-vous entre le comportement des néo-députés de 2017 et ceux de 2012 ?

En 2012, il y avait une exaltation, une envie de conquête propre à des députés qui avaient mené des combats en commun. Aujourd’hui, je ne perçois pas ce souffle. C’est un terrible avantage que d’appartenir à un groupe aussi pléthorique qu’inexpérimenté. Il faut faire naitre un collectif et ce n’est pas simple d’autant que parce que tout leur est possible, rien ne leur sera excusé.

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