Ce soir, j’ai présenté mes vœux à la MPT de Penhars en appelant à la sagesse d’Aimé Césaire qui écrivit un jour « tout l’espoir n’est pas de trop pour regarder le siècle en face ».

Cette année 2016 débute dans le souvenir et donc dans la gravité. Chacun de nous a sans doute mieux compris, au cours des derniers mois, combien l’histoire était tragique. Hélas, ce sentiment ne va pas se dissiper en 2016.

Nous avons compris que nous n’allions plus vivre avec l’éventualité d’un attentat mais avec la certitude que des soldats entrainés et équipés attendent déjà leur tour pour donner l’assaut, tuer un maximum de personnes puis mourir. Ce péril n’est plus aléatoire, il est permanent.

Dès lors, dire que la menace est là, à un niveau jamais égalé, ce n’est pas chercher à gouverner par la peur. Ce n’est pas non plus décider de s’y soumettre ou de s’y plier. L’histoire des nations est faite de ces moments où il faut tenir bon et ne rien céder sur l’essentiel et nous sommes à l’un de ses rendez-vous. Voilà pourquoi nous avons collectivement choisi de l’affronter avec lucidité.

Nous avons, malgré nos différences, décidé d’y faire face avec force et dignité. C’est le chemin qu’emprunte maintenant le chef de l’Etat. C’est la voie que la majorité à laquelle j’appartiens soutient pleinement. C’est pour le député que je suis la meilleure thérapeutique contre l’esprit de doute, contre la tentation du découragement, contre les impasses de la démagogie.

Cette exigence nourrit mon quotidien puisque, depuis près de deux mois, je suis totalement – quotidiennement – engagé dans le contrôle parlementaire des mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence. C’est un moment d’exception dans l’histoire de notre pays. Le parlement a confié des moyens extraordinaires, « exorbitants de droit commun » comme disent les juristes aux forces de police et de gendarmerie pour garantir l’ordre public, prévenir et donc empêcher tout acte terroriste ou violent de nature à troubler cet ordre public.

Mais il a concomitamment veillé à s’assurer du bon usage de ces capacités momentanées. C’est la raison pour laquelle depuis la fin du mois de novembre, je sillonne tout le pays, réunissant les préfets, questionnant les directeurs départementaux de sécurité publique, interrogeant les commandants de groupement de gendarmerie, dialoguant avec les procureurs.

J’en ressors avec trois convictions : les Français n’ont jamais été aussi protégés, l’Etat ayant consenti des efforts conséquents de créations de postes et de crédits d’équipements pour nos forces de sécurité, si la République est une force, l’état d’urgence est son bouclier, une protection, qui permet d’agir dans un cadre de droit pour que l’ordre public soit garanti et que les libertés individuelles ou collectives soient préservées, et que sur ces sujets, il faut éviter la surenchère entre le vibrato et le vitriol, chercher toujours à dépasser les clivages, car quand l’essentiel est en jeu le pays doit se retrouver et ses représentants ne doivent pas se désunir.

Mais l’urgence ne concerne pas que la sécurité. En 2015 nous avons vu les premiers signes de la reprise de la croissance, à 1,1 %, meilleur chiffre depuis 2011. Le rythme est bien sûr toujours insuffisant pour faire durablement baisser le chômage, lui qui ne cesse de ruiner le moral des Français et de ronger leur confiance dans les pouvoirs publics. Il est vrai qu’entre le fait de « voir le bout du tunnel » et les annonces de « clignotants passés au vert » les annonces triomphales ont surtout signifié le naufrage dérisoire des augures. Les espérances démenties ont aigries les difficultés amoncelées.

C’est pourquoi, l’action de l’état est patiente et constante. Ainsi au cours de ces derniers mois, j’ai voté des textes que nous jugeons importants comme le Pacte de responsabilité ou la loi « croissance activité » dite Loi Macron. D’autres plus anciens, vont rentrer en application : la prime d’activité, qui va concerner près de 5 millions de personnes, la généralisation de la complémentaire santé, qui va assurer à tout salarié la possibilité d’accéder à des soins avec des coûts moins élevés, la généralisation du tiers-payant, la baisse de l’impôt pour 8 millions de contribuables.

Ces lois sont accueillies le plus souvent dans le scepticisme et parfois même dans l’indifférence. Il est vrai que la France, comme disait Raymond Aron est un pays qui adore les révolutions mais qui ne sait pas faire les réformes. Sans doute est-ce parce que nous continuons à penser que nous ne traversons qu’une « crise », c’est-à-dire un moment, qu’une fois celui-ci dépassé tout redeviendra comme avant.

Or nous ne sommes pas en crise, nous sommes en mutation et la France se métamorphose parfois de manière bien trop sauvage.

Beaucoup de nos repères traditionnels sont caduques et la place de l’Europe l’illustre terriblement. Hier elle faisait figure de perspective souriante et encourageante. Aujourd’hui, les secousses mondiales l’ont repeinte en noir, déformée voire diabolisée.

Cette situation justifie-t-elle le pessimisme et l’inquiétude, la frilosité et le repli sur soi ? Je ne le crois évidemment pas. Par delà les mues et les déprimes, la France n’est pas atteinte d’une maladie mortelle, ni frappée de sclérose ou de sénilité. La France est beaucoup plus robuste, dynamique et cohérente que les Français ne le croient. Elle possède de multiples atouts faute de savoir toujours s’en servir au mieux : 1er rang européen des implantations industrielles, 3e position en matière d’attractivité, 4ème rang mondial en matière d’investissements directs à l’étranger, 7e pays en Europe le plus favorable au développement des start-up, 12 entreprises françaises figurent dans le classement des 100 premières entreprises mondiales innovantes. Après avoir été longtemps une malade qui n’en finissait pas de scruter son état, la France est en réalité une convalescente qui s’ignore.

Et parce qu’il n’existe aucun mal qui ne débouche sur un bien, l’année 2015 nous donne la clé pour aborder 2016. L’union nationale ne doit pas être un masque fêlé, mais le nouveau visage de notre pays et celui-ci doit être bâti sur le socle de la vérité.

Car la France, ce n’était pas simplement un pays. La France, c’est une idée, ce sont des valeurs et des principes. La France, c’est une cause où l’amour de la patrie et de la liberté s’inscrivent – ce sont les mots de Robert Badinter – dans l’attention à l’humanité toute entière. En 2016, la France répondra à la haine par la fraternité, elle répondra à la terreur par la force du droit, elle répondra au fanatisme par l’espérance que constitue la vie elle-même. La France répondra tout simplement en étant la France.

Bonne année !

 

 

    4 commentaires

  1. Hervet JeanDaniel

    Merci de retransmettre cette allocution pour ceux qui ne pouvaient malheureusement assister aux vœux. Les propos de notre députés m’éclaire ta toujours : qu il en soit remercié.
    Des informations très focalisées troublent la représentation que l on peut avoir des effets de cet état d’urgence : cependant je reste personnellement conscient, avec mes informations glanées au cours de ces dernières années, que nos voisins allemands ont un bien plus grand nombre de juge que nous proportionnellement : est ce que leur justice fonctionne différemment que la notre ? Faudrait il doubler chez nous les effectifs des tribunaux ? Des réflexions comparatives seraient éclairantes. Par exemple si nous disposions de plus de juges pourrait on faire que les demandes de perquisitions et d écoute téléphoniques même en cas d état d’urgence soient traitées dans l urgence absolue par ces juges ?

  2. Florent

    Ca semble bien plus important d’aller souhaiter les voeux ici ou là plutôt que d’être présent à l’Assemblée Nationale pour voter une loi pour les langues de France.

    Normal… Félicitations.

  3. Daniel

    Je me reconnais dans la généralité sur ceux qui adorent faire la révolution mais ont du mal à admettre les réformes (pourtant nécessaires). Je regrette aussi votre absence et celle de vos amis bretons pour ajouter votre voix à celles de Paul Molac et Marc Le Fur.
    Félicitations pour votre nomination.

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