Nous sommes, une semaine après le coup de semonce du 1er tour et la montée du FN, déjà dans la Présidentielle et les législatives 2017. Une irrésistible montée du FN ?

Croire que l’avenir est écrit serait un argument paresseux. D’ailleurs, le résultat du 2nd tour dans plusieurs régions n’était pas annoncé dans le 1er. Une majorité s’est ainsi dégagée pour refuser une victoire des candidats de l’extrême droite. Parce que les citoyens sont libres, tout est possible.

Vous pointez « la stratégie périlleuse » des Verts et de l’UDB, du PCF pour l’élection régionale 2015. Si le PS termine à 53 % en Finistère, n’est-ce pas parce que ces « petits » partis et mouvements politiques ont aussi mobilisé ?

Ce n’est pas le PS qui a gagné mais la liste de rassemblement que conduisait J-Y Le Drian. La nuance n’est pas mince. Et comme le disait Kennedy « si la défaite est orpheline, la victoire a cent pères ». Que soient donc remerciés tous ceux qui ont contribué à ce large succès.

Vous parlez d’une stratégie d’élargissement assumée de vos listes qui pourrait alimenter les réflexions en vue des scrutins de 2017 ? Vous élargissez vers qui ?   

Le confort stratégique issu du bipartisme a vécu. Hier, au premier tour on se combattait violemment pour se rassembler précipitamment au second. Demain, se diviser c’est s’éliminer. Pour pouvoir participer au tour décisif, il faut dépasser les égoïsmes et savoir se regrouper. C’est parce que le PS demeure la principale formation de la gauche qu’il doit assumer la principale responsabilité de cette mutation. Il doit savoir rompre avec ses habitudes pour préparer une renaissance à laquelle doivent pouvoir contribuer tout ce que l’écologie compte de réformateurs, tout ce que le centrisme compte de fidèles à une tradition sociale, tout ce que les droits de l’homme comptent aujourd’hui de militants actifs et généreux.

Outre le cumul du ministre-président de Région, on a des députés PS conseillers régionaux. La montée du FN n’est-elle pas alimentée par les deux grands partis, Les Républicains et le PS, par une caste politique qui cumule les mandats, éloignée des réalités ? Ou est-ce populiste de le penser ?

Dans une démocratie, le seul maître est le suffrage universel. Et les adversaires de JY Le Drian ne se sont pas privés de tenter d’exploiter l’argument que vous avancez. A l’évidence, les Bretons ne les ont pas suivi et ont largement compris les contraintes qui pesaient sur le ministre de la Défense. Ils savent aussi qu’en 2017, la loi interdisant le cumul des mandats que je m’honore d’avoir voté, s’appliquera totalement.

D’un côté, vous soupirez à l’écoute du « sempiternel débat sur le changement de ligne » qui vient de la gauche de la gauche. De l’autre, vous dites : « En France, réformer est devenu un purgatoire, voire un enfer pour ses auteurs » ? La politique ne peut-elle donc rien changer ?

Constater qu’il est difficile de faire évoluer des politiques ne veut pas dire renoncer à le faire. La réforme demande du temps. Or aujourd’hui les années se comptent en mois et les mois se comptent en journées. Nous vivons le temps de la dévoration du politique par la surexposition médiatique. Dans un tel univers chahuté, l’attention devient la plus rare des ressources et seul un message choquant, plus choquant que le précédent a des chances de capter l’attention. Dès lors, gouverner par gros temps n’est pas chose aisée. On doit fixer un cap tout en naviguant à vue. Il faut de la volonté et du tact, de l’énergie et de la patience, des qualités d’imagination et d’administration. Toutes proportions gardées, n’y parviennent que ceux que le commandant de Gaulle appelait en 1932 dans son « Fil de l’épée » des « hommes de caractère ».

Et l’Assemblée de Bretagne dans tout cela ? Un projet enterré ?

La création des 13 grandes régions fut une occasion manquée de faire naître une Assemblée de Bretagne par la fusion des conseils départementaux et du conseil régional. En proposant cette mutation, j’avais imaginé que les socialistes bretons sauraient faire preuve d’audace en la saisissant. Cela me paraissait correspondre à une nécessité politique (volonté de simplification du mille-feuille territorial) et à une opportunité technique (le débat au parlement permettait de faire adopter un amendement créant cette nouvelle collectivité, comme ce fut le cas en Corse ou avec la métropole du Grand Paris). Las, la frilosité et le conservatisme l’ont emporté. L’idée demeure tout comme sa pertinence et sa faisabilité. Et puisque de nouveaux et jeunes élus socialistes sont apparus du Relecq-Kerhuon à Riec-sur-Belon, de l’exécutif du département à celui de la région, je souhaite qu’ils sachent dépasser la seule administration de leurs collectivités pour s’investir dans ce chantier d’avenir. La Bretagne n’est pas le territoire où le sentiment régional est le plus fort ?

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