Une fois la satisfaction d’avoir apporté à la victoire de Jean-Yves Le Drian (51,4 %) la force du très haut score quimpérois  (58,13 %) et le soulagement de constater qu’aucune région ne serait gouvernée par le FN passés, il reste, en ce lundi, dans la bouche un puissant goût d’amertume.

Il y a huit jours, notre pays, ce vieux royaume de la politique, si familier de la rhétorique électorale a tendu une oreille complaisante à un parti de procureurs cyniques et de bateleurs immoraux. Fils de la mutation en cours, fils de la peur, fils du rejet de l’autre – étranger ou simplement différent – le score du FN a partout surpris, impressionné et choqué. Dans une France submergée par le scepticisme et le ressentiment, dimanche dernier, les électeurs ont sonné le tocsin. Heureusement, hier ils n’ont pas sonné le glas.

Comment allons nous répondre à ce sursis ? Naturellement je me garderai bien de donner des leçons à la droite.  Mais à gauche sans attendre, des voix plus blanquistes que jauressiennes s’élèvent déjà pour ressortir le sempiternel débat sur « le changement de ligne ». Pourquoi ces élus ne voient-ils pas que chaque échéance ressemble pour la « gauche de la gauche » à une station de plus sur un chemin de croix ?

En France, réformer est devenu un purgatoire, voire un enfer pour ses auteurs. Je peux entendre que notre action est insuffisante mais je ne crois pas qu’il faille en modifier la direction. Il y a, il y aura toujours des volontés pour nous conseiller d’attendre et d’autres pour expliquer qu’il existe mille raisons de ne pas continuer mais, pour la gauche de gouvernement, le prix du renoncement est plus cher à payer que le prix du courage.

    10 commentaires

  1. Dulucq

    Comme la plupart des simples citoyens, je ne sais s’il faut ou pas changer de ligne, en matière économique, fiscale, budgétaire. En ce sens, ne pas changer de ligne après des élections territoriales n’est pas choquant.
    Mais changer d’attitude, changer de logiciel démocratique est une totale urgence. Ni Blanqui, ni Jaurés, mais l’abstention, mais la perte de plus de 20% de voix à gauche en Bretagne, mais la multiplication par trois des votes front national, mais la césure urbain-rural dans la géographie électorale, mais, mais, mais…
    L’équation personnelle Le Drian n’est pas reconductible à l’infini. Il y a des citoyens progressistes, modernistes en Bretagne qui sont ignorés, inaudibles, tant que les appareils croient avoir gagné. Notre triomphe se résume à avoir rassemblé 27.5% des inscrits. Sans changement, la démocratie que tu t’attaches à l’Assemblée de faire fonctionner est condamnée. Il ne s’agit pas de renoncer à avoir du courage ! De la lucidité, mais pas de cynisme. Il est plus complexe d’être lucide au lendemain d’une victoire. Nous avons besoin qu’un parlementaire comme toi ne soit pas que grisé par le mirage de cette victoire électorale qui ressemble à une défaite démocratique.

  2. Jullien

    Bel exemple de discours sans se mouiller !
    Seul avis :  » je ne crois pas qu’il faille en modifier la direction ». En résumé, on continue comme si de rien n’était !
    Droit dans le mur !

  3. Roger

    Les partisans du changement de ligne pensent qu’on doit s’aligner sur les positions de l’extrême gauche. Il faudra qu’ils nous expliquent pourquoi les électeurs qui ne nous trouvent pas assez à gauche votent pour la droite et l’extrême droite.
    Ceci dit il est trop réducteur de la part de certains d’expliquer le résultat de JY LE Driant par son statut de ministre. A mon sens il a eu le mérite d’être clair dès le départ dans la constitution de sa liste sur la base d’un consensus sur le programme, y compris avec des gens pas particulièrement classés à gauche, plutôt qu’à rechercher une alliance sur le base d’étiquette entre gens en désaccord sur trop de points;

  4. Francois

    Eh oui on ne change rien !
    mais si on change la loi électorale. Car notre député (avec un autre) propose de changer la loi électorale. Bizarre qu’il n’en parle pas dans son blog.
    il serait bien qu’il explique pourquoi il veut bafouer (encore une fois) le principe de l’égalité de notre devise en supprimant le temps égal de parole pour chaque candidat!

  5. Vicente David

    Monsieur Urvoas,

    Vous avez cet argument pour justifier la politique d’austérité: si elle ne marche pas c’est qu’on en a pas fait assez.

    Les citoyens ont prouvé par leur mobilisation du second tour qu’ils savaient, eux, changer d’avis pour éviter l’irréparable. Parfois, le courage consiste à se rendre compte qu’on s’est trompé.

    Un citoyen de gauche,
    David Vicente

  6. Anne

    Vous parlez ici de courage mais venez de voter en catimini contre l’obligation de transparence des entreprises, faisant ainsi faire marche arrière à la lutte contre l’évasion fiscale. Je vous ai questionné hier sur votre compte Facebook. Mes commentaires ont été effacés et mon profil « blacklisté ». Pourriez-vous Monsieur, avoir le courage de répondre à une citoyenne socialiste qui vous soutien par son vote et ses impôts?

  7. pascal

    M Urvoas,
    Vous évoquez la gauche de gouvernement. Je crois que depuis maintenant longtemps, plus personne à gauche ne considère que ce gouvernement applique une politique de gauche. Le pacte de responsabilité et autre CICE sont des échecs lourds de conséquences aujourd’hui : toutes nos marges de manœuvres financières ont été englouties dans ce puits sans fonds. Des entreprises qui ont pu bénéficier de ces aides en ont profité soit pour distribuer plus de dividendes aux actionnaires, soit ont mis en place des plans de réductions d’emplois. Pendant ce temps, le chômage continue de grimper inexorablement. Les autres projets sont abandonnés en rase campagne, comme par exemple la « grande réforme fiscale ».
    La « fraternisation » avec la droite de ces derniers jours donne la nausée.
    Qu’à cela ne tienne, les électeurs de gauche en tireront les conclusions aux prochains scrutins, comme ils l’ont déjà fait dans les précédents.

  8. Claude

    Bonjour
    Je reprends le commentaire d’Anne pour vous faire part de ma sidération et mon incompréhension sur votre participation à l’annulation de l’amendement relatif à la transparence fiscale des grandes entreprises. Vous parlez de tocsin mais il semblerait que celui-ci n’ait pas encore sonné assez fort pour vous faire prendre conscience que cette non congruence entre vos discours et vos actes ne peut que sonner le glas de votre crédibilité.

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