L’image s’impose d’elle même : la Bretagne est une île ! Jamais au lendemain d’un scrutin national, le contraste entre les résultats dans la région et dans le reste du pays n’auront été aussi différents qu’aujourd’hui. Quelques arguments peuvent être avancés pour tenter de l’expliquer.

1 – L’image et la fonction de Jean-Yves Le Drian d’abord. Foin de pudeur, assumons cette évidence. La période dramatique que nous traversons et le sans faute réalisé par le ministre de la Défense dans l’exercice de sa fonction depuis le début de la législature se sont conjugués permettant ainsi aux Bretons de manifester leur aspiration au rassemblement et leur souci d’efficacité. Il est plausible que si Bernard Cazeneuve avait porté nos couleurs en Normandie le phénomène aurait été identique. Ce formidable score qui place la Bretagne au premier rang des scores réalisés par les socialistes est donc principalement celui de notre tête de liste.

2 – L’erreur Marc Le Fur. Bousculer les socialistes n’était pas un challenge trop difficile dans cette élection. D’ailleurs, dans la quasi totalité des régions, les candidats de « Les Républicains » arrivent devant ceux du PS. En Bretagne, Marc Le Fur termine pourtant ce premier tour avec 11 points de retard et 137 811 voix d’écart ! Il est même distancé dans son département des Côtes d’Armor de près de 7 %… Il en porte donc l’unique responsabilité. Celui qui défend à l’Assemblée des positions excessivement conservatrices, qui fut incapable de fédérer la droite et le centre en raison d’un sectarisme avéré et dont le programme était aux antipodes des préoccupations sociales  ne correspondait définitivement pas au tempérament historique de la droite bretonne.

3 – La pratique politique des socialistes. Déjà l’an passé, lors des élections départementales, la pente subit avait été plus douce. Chacun avait pu observer qu’en dépit de l’accident costarmoricain, les électeurs avaient choisi de reconduire la majorité socialiste dans le Finistère et en Ille-et-Vilaine. Et aux municipales, les Brestois, les Rennais, les Lorientais et les électeurs de beaucoup d’autres communes notamment dans le Finistère (Quimperlé, Le Relecq Kerhuon, Plouzané, Plomelin,…) avaient confirmé leur confiance à nos candidats. Cela dessinait déjà une originalité bretonne. J’y vois une validation de nos comportements collectifs. La constitution apaisée de nos listes, leur ouverture maitrisée, le choix du renouvellement, la mobilisation de nos militants l’ont encore illustré. Attention cependant car une double tentation nous guette : celle de nous absorber dans la gestion des collectivités qui finit par transformer les élus en aimables administrateurs sans grande imagination réformatrice, celle de considérer que nos mandats nous sont dus.

4 – Le poids de notre culture. Les déterminismes sociaux et culturels expliquent pour une part la régularité d’un vote. Le territoire, la religion et l’éducation sont autant de facteurs susceptibles de l’influencer. Le vote et sa sœur jumelle, l’abstention, sont donc des révélateurs de notre société surtout dans un environnement marqué par une interminable crise économique et où l’impuissance des politiques publiques transcende malheureusement les alternances politiques. La Bretagne est – encore – un peu épargnée par l’angoisse de la descente sociale et le sentiment de déclassement qui structurent le vote extrémiste dans d’autres régions. S’en souvenir et conduire des politiques marquées par la justice sociale évitera de cruels réveils demain.

5 – L’influence déterminante du PS. Si nous avons besoin d’alliés, personne ne conteste notre leadership. Les urnes viennent, une nouvelle fois, de démontrer que nous sommes l’essence de la gauche bretonne. L’UDB qui avait choisi de rejoindre l’aventure de C. Troadec après avoir participé à l’équipe de Pierrick Massiot, le PC qui avait préféré l’isolement en bannissant ceux de ses sortants qui souhaitaient poursuivre le partenariat tissé avec nous depuis 2004 et les Verts qui persistaient à privilégier l’éloignement vont probablement disparaître de l’hémicycle du Conseil régional. Leur stratégie périlleuse est un échec. A l’inverse les électeurs viennent d’approuver notre stratégie d’élargissement assumé de nos listes. Puisse là encore ce constat irriguer les prochaines réflexions en vue des scrutins de 2017.

 

    4 commentaires

  1. Eugène Pierre

    Une chose qui me surprend toujours avec le PS Breton c’est cette certitude de pouvoir gagner seul, sans les régionalistes et sans les écologistes. En 2010 comme en 2015, cela est possible, grâce à Le Drian. Mais quand on regarde les municipales 2008 et 2014 (Quimper) ou les départementales…
    Il suffirait d’une droite un peu plus écologiste et régionaliste pour déborder le PS.

  2. larrere

    Moi qui suis languedocienne et d’aquitaine d’adoption, je suis encore plus attachée aujourd’hui et pour demain aux valeurs républicaines et me sens une envie « de gauche » encore plus marquée.

    Pour avoir dans ma famille avec mes enfants des unions multiculturelles dans le respect de chacun , je pense gravement à mes petits enfants : à ce qu’ils pourraient vivre demain ; mais ne cachons pas leur vie aujourd’hui n’est pas facile mais ils savent s’élever et vivre pleinement leurs droits et leurs devoirs.

    Nos politiques doivent faire leur méa culpa et les citoyens exercer davantage leur devoir de citoyen. L’absentéisme est effrayant !

    Le second tour sera là pour affirmer, confirmer ou infirmer (je préfère) la tendance actuelle des votes de dimanche dernier.

    Alors votons!!! et soyons fiers d’être des hommes et des femmes de gauche

  3. Valentin

    Tiens, il ne se vante pas d’avoir voter contre l’outil anti-paradis fiscal à 1h30 du matin… scrutin n° 1207
    Deuxième séance du 15/12/2015, c’est curieux non? Enfume jean jacques, enfume..

    Christophe Valentin , Toulouse

  4. Marine

    La Bretagne est une île… et la Loire-Atlantique un atoll tout proche… dans un océan où la droite et l’extrême droite raflent 70% des suffrages en France.

    Vous avez de la chance en Bretagne administrative : lorsque vous votez à gauche, vous pouvez avoir une région dirigée par la gauche.

    Nous autres, à Nantes, lorsque nous votons à 48% à gauche, c’est la droite extrême qui emporte la région (même si elle ne fait que 40% en Loire Atlantique)… Nous ne remercierons jamais assez les députés qui ont refusé de voter, en 2014, l’amendement qui aurait pu permettre une réunion de la Loire-Atlantique avec la Bretagne. Cela s’est joué à peu. La droite bretonne et les écologistes bretons étaient pour….

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