Le Sénat vient de congédier brutalement tous ceux qui espéraient que les langues régionales pourraient enfin s’épanouir en France dans la sérénité. Par une médiocre manœuvre parlementaire, il a brutalement interrompu le processus de ratification de la Charte européenne des langues régionales relancé par François Hollande.

Les arguties juridiques avancées ne résistent pas à une analyse objective et apaisée de ce texte déjà appliqué dans 25 pays européens. Il ne menace pas le français, il ne reconnaît pas de droits collectifs à des groupes, il ne porte pas atteinte à l’unité de la République, ni à l’égalité des citoyens. Pour preuve, aucun des Etats qui l’ont ratifié ne s’est désintégré !

En fait, le Sénat conservateur de 2014 s’inscrit fâcheusement dans les pas de Jacques Chirac qui, en 1999 déjà, s’était opposé à ce processus initié par Lionel Jospin.

Il est de surcroît révélateur qu’en Bretagne, pas une seule voix issue du parti « Les Républicains » ne se soit élevée pour tenter d’infléchir le vote de la droite sénatoriale. Marc Le Fur et ses quelques amis sont assurément complices de cet étouffement du processus de révision constitutionnelle.

    14 commentaires

  1. Pronost

    Pourquoi ce projet n’a t’il pas été présenté quand les socialistes étaient majoritaires au sénat ?

  2. Klervi

    Oui, il ne faut pas se rendre malades avec cela en s’accusant mutuellement. Les socialistes auraient pu faire voter cela en 2012, 2013, 2014 lorsque Jean-Marc Ayrault, socialiste, était 1er Ministre, avec une Assemblée Nationale et un Sénat à gauche.

    Ce ne sera probablement pas le seul texte, présenté par la gauche, qui sera repoussé par le Sénat passé à droite, j’imagine…

    Cette situation, largement prévisible, ne mérite donc pas de se révolter outre mesure en désignant du doigt d’autres élus bretons qui, au final, sont tout aussi favorables à la ratification de ce texte.

  3. Travers Angèle

    Pourquoi ne pas avoir engager la démarche quand le Sénat était à gauche ? Nous ne sommes plus dupes de ce genre de manoeuvre. Le PS pouvait faire ratifier la charte comme il pouvait réunifier la Bretagne. La prochaine étape sera l’abandon du projet d’assemblée bretonne. J’ai une proposition : pourquoi ne pas proposer dès maintenant une loi cadre pour les langues régionales ? Les députés pourront la voter même sans l’accord des sénateurs.

  4. Jak

    Monsieur Urvoas,

    Bravo pour votre capacité d’indignation face à tous ceux qui s’évertuent à faire disparaitre les langues régionales alors qu’elles pourraient enfin s’épanouir en France dans la sérénité et à supprimer tout sentiment breton d’une manière plus générale. Vous avez probablement raison de dénoncer le jacobinisme anachronique de la droite.

    En tant que nantais, je vois les pratiques politiques dans mon Département, autour de Nantes ou à Saint Nazaire.

    Objectivement, cette capacité d’indignation et de dénonciation ne pourrait-elle pas aussi s’appliquer :
    – aux nombreux Maires socialistes qui refusent de hisser ne serait-ce qu’un drapeau breton sur le fronton de leur Mairie ? (demandez aux élus socialistes nantais de vous faire visiter leurs Mairies quand vous viendrez chez nous). Dès lors que même cela est interdit, comment un nouvel arrivant peut-il d’une part se sentir en Bretagne et d’autre part s’intéresser à cette culture ou à la langue bretonne ?
    – aux très nombreux Maires socialistes qui refusent un affichage bilingue de leur commune à l’entrée de la Ville, pour le même motif ? (lorsque je leur ai posé la question, à chaque fois la réponse a été claire : la langue bretonne est un marqueur identitaire synonyme de repli sur soi et elle ne fait partie de notre patrimoine. Il n’est donc pas question de la rendre visible)
    – aux Maires socialistes qui ont refusé pendant des années de mettre une salle à disposition de la seule association qui dispense des cours de breton pour adultes, au motif qu’aucun créneau d’une heure (!) ne serait disponible dans la semaine ? (rencontrez les dirigeants de cette association : ils vous donneront les noms de ces Communes qui ont « failli » soutenir l’épanouissement de la langue bretonne. Et toutes ne sont pas dirigées par la droite, contrairement à ce que vous laissez entendre, loin s’en faut).
    – aux Maires socialistes qui, lorsqu’ils effectuent un bilan de fin d’année avec toutes les associations qui interviennent sur leur Commune, classent l’association de cours de breton dans la catégorie « associations pour l’apprentissage de langues étrangères »… au point même que cela choque les professeures d’anglais et d’espagnol qui interviennent elles-aussi lors de cette soirée de gala…

    J’aimerais que vous veniez passer un peu de temps en Pays Nantais, Monsieur Urvoas, dès que vous aurez du temps libre. Vous verriez à la fois qu’il y a une marge de progression importante chez vos amis socialistes Bretons (sans avoir à ratifier quelque charte que ce soit) et vous pourriez en trouver des motifs d’indignation…

    Bien cordialement,

  5. Speret

    L’attitude de la majorité sénatoriale est une honte, le droit constitutionnel français ou plutôt son interprétation vis à vis des gens qui font la France est une honte. Cela nous le savons, nos partenaires européens le savent. Il ne sera pas possible en France de ratifier cette Charte sauf si le Conseil constitutionnel venait à émettre un avis différent. Plus le temps passe plus cette ratification est repoussée.
    Une fois l’amertume passée, puisque nous savons que nous ne pourrons pas faire entrer de droits pour nos langues dans la Constitution pendant, au moins, la prochaine décennie, pourquoi ne les inscrivons pas dans une loi? Il y a une porte que le Sénat a été bien obligé de laisser entrouverte. Et quand bien même il la refermerait, l’Assemblée nationale aura le dernier mot dans cette affaire.
    Pourquoi ne pas avoir interrogé le Premier Ministre sur un éventuel projet de loi puisque la Sénat a fait une « faute »? Pourquoi l’avoir interrogé sur « son sentiment » (la belle affaire!) et non sur les suites qu’il compte donner? Sa réponse évasive laisse présager que rien ne sera fait alors que cela est toujours possible et même facilement réalisable.
    Il faut une loi pour nos langues. Que nous importe qu’Urvoas dise que c’est la faute de Le Fur et que Le Fur nous dise que c’est la faute d’Urvoas! Il nous faut des droits pas de la politique!

  6. SIMON

    Devant l’attitude de vieux séniles j’ai honte d’être français! Heureusement je ne le suis pas, je suis breton et me réserve la liberté de parler breton ou gallo sans que
    ces vieux machins puissent m’en empêcher!!!L’idée d’une loi n’est pas mauvaise. Encore une fois on passe pour des idiots pour l’Europe.Suivons le conseil de De Gaulle: il faut mettre les sénateurs en EPAHD!!!

  7. Pierre

    les sénateurs ringards ont eu raison , si si ,
    les bretons risquent de coloniser le pays limitrophe coincé entre la Bretagne et la Belgique !

  8. Roger

    La responsabilité de la droite dans cette affaire est flagrante. Ceci étant, je n’ai pas attendu les déclarations de Le Fur pour me demander pourquoi ce vote est intervenu si près des régionales. Est ce par erreur de jugement ou de propos délibéré? Il n’était pas difficile de prévoir que la droite ne manquerait pas de mettre les socialistes en difficulté lors de ce vote. Les jacobins ne sont pas tous à droite.
    Bravo Jean jacques pour ton boulot sur ce problème..

  9. Channig

    En sport, lorsque l’on perd une partie, on se remet en question, on s’interroge sur ce qui n’a pas marché pour pouvoir atteindre l’objectif que l’on s’était fixé, mais on n’accuse jamais l’adversaire… Il est dommage qu’en politique il en aille différemment.

    C’est ce travail d’introspection que nous aimerions que vous meniez :
    – pensez-vous réellement que la gauche était prête à voter ce texte en 2012-2013-2014 lorsqu’elle aurait pu le faire ? Etes-vous certain d’avoir réussi à convaincre Mme Bechtel et ses amis, Monsieur Laurent et ses amis, Mme Aubry et ses amis… de voter ce texte ?
    – comment expliquez-vous que François Hollande Président, et Jean-Marc Ayrault Premier Ministre (de surcroît Maire de la plus grande Ville de Bretagne pendant 20 ans), n’ont volontairement pas souhaité présenter ce texte sur les années 2012-2013-2014 alors qu’ils en avaient tout loisir et qu’ils disposaient d’une configuration inédite pour la gauche sous la Vème République : la majorité dans les 2 assemblées ? (s’agissant d’une réforme dite de société, on sait d’expérience que si ça n’est pas présenté en tout début de mandat, cela tombe généralement aux oubliettes)

    Au final, ne pensez-vous pas que pour « gagner en résultats » sur ce dossier, il vaudrait mieux que les députés socialistes (Bretons notamment) consacrent d’abord leurs efforts à essayer de convaincre leurs amis politiques lorsqu’ils ont des majorités franches, plutôt que d’accuser le jeu de l’adversaire après une défaite prévisible ?

    En procédant de la sorte, il me semble évident que vous ne changerez pas l’adversaire d’avis… trop contents qu’ils sont d’avoir fait capoté un texte dont le vote est difficile à assumer à 2 mois d’échéances électorales, dans une France qui s’apprête à voter FN à plus de 30% dans certaines régions… Il est évident que les élus UMP n’ont pas envie de se faire taxer par le FN de « vote UMPS » ou encore « d’ouvrir la boîte de pandore aux langues minoritaires ». On voit déjà l’exploitation que l’extrême droite aurait pu faire du vote de cette mesure à 2 mois des régionales.

    En revanche, peut-être que cela pourrait être utile si votre camp pouvait s’interroger sérieusement sur l’origine de ce renoncement sur les années 2012-2013-2014 et était davantage convaincu et mobilisé au BON MOMENT par les députés qui sont moteurs sur ce sujet…

  10. Amélie

    Quel dommage pour les bretons qui attendaient cela, et quel gâchis une fois de plus… mauvais timing alors que tous les clignotants étaient au vert durant 3 ans, puis prise en otage du dossier par les appareils politiques nationaux ensuite dans un contexte pré-électoral…

    Je ne savais pas que Monsieur Le Fur était sénateur lui aussi ?
    Son nom est le seul qui apparait dans votre billet sur ce blog pour expliquer aux habitants le refus de la droite de procéder à la ratification de la Charte sur la protection des langues régionales par le Sénat.

    Je ne suis pas du même avis que vous quant au responsable n°1 de cette basse manoeuvre, effectivement menée par la droite.

    Je pense plutôt que c’est le patron des Républicains au Sénat qui a mené la fronde contre ce texte. Il s’appelle Bruno RETAILLEAU (pourquoi ne le citez-vous pas ?) et il est probable qu’il devienne en décembre prochain le Président de la Région Pays de la Loire qui comprend 1/5ème de la Bretagne historique puisqu’elle intègre la Loire-Atlantique.

    http://www.ouest-france.fr/langues-regionales-bruno-retailleau-ne-veut-pas-dune-charte-3548897

    Et ce qui est intéressant, c’est d’écouter les arguments qu’il oppose à la ratification de la Charte : « Attention à ne pas créer une fuite en avant identitaire où chaque groupe culturel exigerait d’utiliser dans l’espace public la langue à laquelle il est attaché, plutôt que la langue française. L’unité linguistique a toujours été le socle de l’unité française. Fragiliser la langue française, c’est fragiliser la France. »

    Sur le fond, iI feint n’avoir pas compris que ce n’était pas du remplacement d’une langue par une autre dont il s’agissait, mais d’additionner des droits pour les gens, sans en retirer aux autres. C’est le principe même du bilinguisme.

    Mais ce qui est frappant, c’est qu’il utilise exactement les mêmes arguments que ceux que Jacques AUXIETTE avait utilisé l’an passé à l’occasion de la réforme territoriale (arguments développés dans une lettre ouverte adressée au Président HOLLANDE ou dans ses interviews) pour expliquer que le retour de Nantes dans la même région Bretagne était à proscrire car elle était porteuse de repli sur soi, de communautarisme incompatible avec les valeurs de la République et de risque de séparatisme comme en Catalogne ou en Ecosse.
    M. RETAILLEAU n’a donc eu aucune difficulté à ressortir le même argumentaire que la gauche qui dirige actuellement la Région des Pays de la Loire, à deux mois des élections régionales. Il savait qu’il pourrait pas se faire attaquer sur ce point et je puis vous assurer qu’il ne l’a pas été.

    En conclusion : quel dommage que la gauche n’ait pas réussi à voter l’amendement DE RUGY/MOLAC qui aurait abouti à créer 2 belles régions, l’an passé : une grande région Val de Loire et une région Bretagne avec ses 5 départements ! Il n’a manqué que quelques voix de députés socialistes pour obtenir ce vote…. c’est là que tout c’est joué… Prenons-en conscience les uns et les autres.

    Cela aurait aurait sûrement pu avoir de l’influence aujourd’hui, pour faire en sorte :
    – que les nantais ne se retrouvent pas dans une région qui bascule vers une droite extrêmement conservatrice en décembre 2015 comme cela semble se dessiner d’après les derniers sondages ;
    – que la ratification de la Charte pour la préservation des langues régionales ne soit pas prise en otage par Monsieur RETAILLEAU qui a tout intérêt à continuer à jouer sur les peurs (repli sur soi, communautarisme, séparatisme) afin de préserver l’intégrité de sa région Pays de la Loire.

    Bien cordialement,

  11. Marc

    Il me semble que c’est Amélie qui donne la principale clé.

    Monsieur Retailleau (ex-MPF) vient de remporter l’élection régionale à Nantes et il est absolument anti-langues régionales (surtout le breton). Il faut maintenant prendre en considération cette nouvelle donne puisqu’il dirige une région qui comprend 1/5ème de la Bretagne historique et son principal département en terme de PIB. Autant dire que si sur le plan culturel il est obtus envers tout ce qui peut relier la Loire Atlantique avec la Bretagne, sur le plan administratif, économique… l’alliance des deux territoires s’éloigne de plus en plus. Dans 50 ans, nous y serons encore.

    Alors, quel gâchis la « non-réforme » territoriale de l’an dernier en Bretagne.
    Notre belle région restera divisée et handicapée dans son développement pour longtemps encore.

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