De mes rencontres avec les différentes organisations syndicales des personnels de l’administration pénitentiaire, je retire plusieurs convictions.

D’abord, un grand désarroi. Le constat n’est pas nouveau, il suffit de relire les différents rapports parlementaires publiés depuis des années à l’occasion du débat budgétaire, voire celui du Contrôleur général des lieux de privation de liberté en 2012. Mais à l’évidence il s’aggrave.  Les chiffres fournis par mes interlocuteurs par exemple ceux sur l’absentéisme sont révélateurs. Ils demandent cependant à être confirmés. C’est à cette fin que j’ai posé cette semaine une question écrite à la Garde des Sceaux. Reste que si ces indications (environ 27 jours par an et par agent) devaient être validés, elles seraient à mettre en rapport avec les conditions de travail, et peut-être aussi avec les interrogations du rôle des cadres moyens du personnel, appelés « premiers surveillants » et « majors pénitentiaires » . Il m’apparaît en effet que leur fonction, pourtant centrale, reste quelque peu indéterminée. La découverte de leur nombre fut aussi un sujet d’étonnement, puisqu’il est nettement plus faible que dans la police, alors même que le personnel pénitentiaire est depuis une loi votée sous le précédent quinquennat, la « 3ème force de sécurité » . Enfin, les personnels de direction paraissent exercer leurs responsabilités dans une relative solitude.

Ensuite, une profonde demande de protection. La situation de sur-occupation chronique combinée au manque de personnel contribue dans un certain nombre d’établissements aux phénomènes de violence, à la persistance de trafic divers et à la reconstitution de bandes. La question de la sécurité dans les établissements se pose donc avec une acuité particulière pour les personnels qui font de l’art. 57 de la loi pénitentiaire (qui encadre les fouilles des détenus) un sujet de protestation. C’est pour répondre à cette aspiration que la Garde des Sceaux a annoncé le 3 juin 2013 un plan pour la sécurité des établissements visant à la fois à améliorer la sécurité mais également à accompagner les personnels dans l’application de cet article. C’est ainsi que sont prévus des installations de portiques à ondes millimétriques dans plusieurs établissements. Las, il semble que ce plan ne connaisse pas l’exécution aussi fluide et linéaire que l’on pourrait espérer.

Enfin, l’incompréhension devant le poids financier des « partenariats public-privé » . Le budget de l’administration pénitentiaire augmente chaque année mais hélas, les hausses sont absorbées par le paiement des partenaires privés engagés dans la construction et/ou la gestion des prisons. Ces engagements signés dans la précédente législature pour l’essentiel, engagent l’Etat pour des années (parfois même jusqu’à 27 ans pour les marchés signés dans le cadre du programme dit « 13 200 »). Il est donc compréhensible que les personnels soient dubitatifs sur les progrès qu’annoncent Christiane Taubira. Ils doivent simplement savoir que la majorité actuelle ne fait que payer la facture des choix qui ne sont pas les siens.

Tous ces éléments expliquent la manifestation de ce 22 octobre. Une fois de plus, il va nous appartenir d’expliquer nos choix en réaffirmant notre attachement à un service public nécessaire à la République pour paraphraser le livre de Pierre Victor Tournier.

 

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