C’est à mes yeux le seul ouvrage utile (et sérieux) à lire durant la pause estivale. Du moins pour ceux qui s’interrogent et s’inquiètent de la crise que traverse en Europe les partis socialistes ou sociaux-démocrates.

L’auteur est le bourgmestre socialiste de Charleroi (depuis 2012) et ministre-président de la Wallonie (depuis 2014). Son ouvrage intitulé « la gauche ne meurt jamais » vient d’être publié par la Fondation Jean-Jaurès et les éditions Luc Pire.

Je ne sais si cette publication répond à des considérations internes à la vie politique belge mais sa lecture fut passionnante et son diagnostic vaut pour bien des pays. Ainsi Paul Magnette avec un soin de jardinier japonais secoue comme un prunier l’arbre idéologique de la gauche européenne. Il fait défiler des hérésies majeures comme « l’individualisme, nouvelle chance pour la démocratie » . Il met en pièce les facilités de la gauche passéiste qui fait de l’idolâtrie de l’Etat la réponse à tous les maux et démontre combien « l’indignation seule ne peut changer le monde« . Il plaide pour l’égalité « étoile polaire » de la gauche, prône un « statut unique pour tous les salariés, socle des solidarités à venir« , milite pour que l’Europe « qui a besoin de la gauche » se redonne un projet au lieu de « s’embourber dans ses procédures de contrôle sans souffle et sans espoir« .

Dans un paysage politique dévasté où les socialistes sont, depuis dix ans, parfois traversés par le doute voire le désarroi, où la droite sans boussole sombre dans des campagnes méthodiquement démagogiques et où seuls les mouvements populistes sont à la mode et prospèrent en parvenant à maquiller leur brutalité comme leur simplisme irrépressibles, son analyse est vivifiante. L’auteur n’est évidemment pour autant un prophète (il ne prétend d’ailleurs pas apporter des réponses à toutes les interrogations qu’il pose) mais un formidable vulgarisateur et un admirable provocateur. Son écriture est faite de sobriété et de naturel comme ce qui va de soi et n’a nul besoin d’être mis en scène.

Dans une démocratie d’opinion, instable et impulsive, de plus en plus submergée par la tyrannie de l’instantanéité, il est heureux de pouvoir lire un ouvrage écrit avec une patience de bénédictin et une habilité de jésuite. L’auteur ne tombe pas dans la facilité, ceux qui sont avides de banderilles cruelles ou de formules assassines seront déçus, mais tout ceux qui considèrent que la bataille politique est d’abord celle des idées y trouveront matière à réflexion.

    2 commentaires

  1. Roger Keromnes

    Il plaide pour l’égalité » étoile polaire » de la gauche.
    Si on n’est pas sectaire on peut partager d’autres valeurs avec certains gens de droite. Mais cette phrase résume ce qui nous sépare. L’égalité est le marqueur fondamental de la gauche.

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