Ces résultats sont plus qu’une sanction, ils sonnent comme une punition.

Au plan quimpérois, je félicite évidemment le nouveau maire Ludovic Jolivet pour son succès sans ambages.

Pourtant, et au regard de la campagne conduite par l’UMP, je peine y à lire une adhésion à ses projets. Le programme qu’il défendait était plus une compilation de refus que de propositions concrètes. Maintenant en situation de responsabilité municipale, sauf à vouloir que Quimper s’enfonce dans une longue période d’immobilisme et d’isolement, il a le choix entre l’oubli de ses rares « promesses » ou leur dépassement dans l’intérêt de tous.

Au plan national, nous avons dilapidé le crédit bâti il y a deux ans.

Les électeurs tiennent visiblement notre bilan pour inexistant, nos actes pour insignifiants et nos réformes pour de simples effets d’annonce. C’est donc avant tout une méthode de gouvernement qui vient d’être sévèrement rejetée. Nous n’avons qu’une seule voie de salut : il faut du professionnalisme au service des choix délicats qui s’annoncent. En un mot, réhabiliter notre politique non par la communication mais par l’action au service de la justice sociale.

Comme beaucoup de Quimpérois, j’ai écouté hier le débat organisé entre Bernard Poignant et Ludovic Jolivet. Il est d’ailleurs visible sur le site internet de Tébéo.

Une telle opportunité permet évidemment de jauger les deux postulants. Une telle confrontation – devenue classique à Quimper pour chaque élection – est un précipité, au sens chimique du terme, de la campagne que chacun conduit. Elle est révélatrice des moteurs qui animent les candidats.

Une évidence s’impose alors. L’essentiel des critiques de Ludovic Jolivet porte sur la personnalité de Bernard Poignant.

Sans doute parce qu’il se sent fragile sur l’absence de cohérence de sa liste, il privilégie les remarques sur la prétendue « absence de Quimper« , sur le fait que Bernard Poignant serait plus « conseiller du Président » que « Maire de Quimper« . Comme si l’on pouvait être maire seulement aux heures de bureaux ! Comme si on n’était pas maire à 100 % de son temps ! Même le 25 décembre, même au cœur de l’été, on est maire tout le temps, quel que soit l’endroit où on se trouve !

J’ai toujours considéré cette lancinante critique comme navrante. Elle me rappelle celle que mon compétiteur me reprochait. A l’écouter « on ne me voyait jamais« , je n’étais pas « un député de terrain« …

La tête de liste UMP ne nourrit d’ailleurs aucune argumentation sur les conséquences de son supposé reproche. Y a-t-il un dossier local qui aurait souffert du fait que le maire de Quimper puisse travailler à Paris pendant un jour et demi ? Tous les maires de Quimper depuis 1977 et Marc Bécam (qui lui fut même ministre !) n’ont-ils pas eu les mêmes contraintes ? Alain Gérard fut maire, député et sénateur, Marcelle Ramonet fut elle aussi parlementaire alors qu’elle était 1ere adjointe. Ce qui était judicieux pour eux, devient intolérable pour Bernard Poignant ?

Il est vrai qu’il est plus confortable de s’attaquer à un homme que de se battre sur les malfaçons d’un projet hâtivement bâclé. Cela reste pour moi une drôle de conception du débat public.

J’en profite pour rappeler à Ludovic Jolivet que contrairement à son propos, le Conseil Régional de Bretagne a non seulement débattu de la ratification de la Charte des Langues Régionales mais il a bien voté un vœu. C’était le 8 février 2014, il n’y a que quelques mois… Et qu’il a déjà eu l’occasion publiquement (c’était le 22 juillet 2013) d’estimer que cette charte était pour lui « avant tout une litanie de mesures, impossibles à appliquer« .

Quant à la sincérité des déclarations enflammées adressées aujourd’hui à la langue bretonne, elle se mesure à l’aune de ses déclarations où il l’accusait hier de ne pas être adaptée à tous les aspects du monde moderne. Il affirmait en effet :  « Comment dispenser un ensemble de cours techniques dans une filière en breton ? Comment traduire en breton, par exemple, la règle des courants de Foucault ? « 

Le débat fut donc une occasion partiellement manquée de parler des conséquences d’une victoire de la droite.

Les Quimpérois veulent-ils vraiment que des milliers de voitures reviennent sur la place Laennec et remontent la rue Elie Fréron ? Souhaitent-ils que la ville rembourse toutes les subventions reçues pour financer des projets votés et engagés ? Sont-ils prêts à payer plus de 30 millions d’euros pour construire (on ne sait d’ailleurs pas où) 1 100 places de parking, sachant qu’il n’existe aucune subvention publique pour ce genre de travaux ?…

Voilà l’échange que j’attendais. Une confrontation de projets, pas une chasse à l’homme.

Je connais Bernard Poignant depuis maintenant 30 ans. Je sais ses nombreuses qualités et ses quelques imperfections.

J’entends parfois des critiques où je ne retrouve pas celui auquel les Quimpérois ont régulièrement confié des responsabilités électives. J’ai maintes fois pu mesurer la force de ses convictions, atout précieux pour permettre à une ville de faire les choix utiles à son développement.

Si dimanche, je vais à nouveau voter pour sa liste, c’est pour trois raisons principales.

1 – Il a l’expérience que donne la sagesse des ans. Demain, dans ce contexte délicat de redressement des finances publiques. Il faudra du savoir-faire pour permettre à Quimper de continuer à rester attractive tout en maîtrisant la fiscalité.

2 – Il a le courage que permet le recul. Il a exercé bien des mandats. Il en sait les limites et les satisfactions. Aujourd’hui, il n’est pas à la recherche de plaisirs nouveaux ou d’une reconnaissance personnelle. Il saura décider dans l’intérêt général. Il ne sera pas l’otage d’intérêts professionnels ou de revendications corporatistes égoïstes.

3 – Il aime cette ville et connaît mieux que quiconque l’histoire et le quotidien de ses habitants. C’est un avantage précieux pour porter l’avenir d’un territoire, savoir imaginer les réponses innovantes, protéger un cadre de vie et garantir la solidarité dans les politiques publiques.

L’issue du scrutin de dimanche est à Quimper parfaitement indécise. Chaque liste lit dans les résultats des sources d’espoir et des pointes d’inquiétude. Tentons donc un regard clinique le plus rigoureux possible.

Le score de la liste UMP est quasiment le même en pourcentage que celui de Marcelle Ramonet en 2008 : 29,09 % il y à six ans, 29,32 % cette année. Dans un contexte marqué par la poussée de la droite sur le plan départemental, régional ou national, constatons donc la stagnation locale. Difficile même d’y lire une performance pour Ludovic Jolivet sa tête de liste.

La liste d’Isabelle Le Bal est la seule qui progresse nettement. 11,61 % en 2008 et 14,93 % dimanche dernier. A l’évidence, c’est une validation de sa ligne proclamée, celle de l’indépendance et de l’équidistance vis-à-vis de l’UMP et du PS. Pour autant, les électeurs ne l’ont pas placée en situation de leadership. Elle reste donc une force d’appoint.

La liste de la Gauche rassemblée enregistre un recul de 8 % glissant de 35,97 % à 27,91 %. Là encore, au regard des résultats dans les autres villes, difficile d’y voir une sanction personnelle de Bernard Poignant. Au contraire, si l’on regarde les listes conduites par le maire socialiste sortant dans des communes de la même taille, on peut estimer qu’à Quimper la pente est plus douce. – 21 % à Lorient ou- 14 % à La Roche-sur-Yon.

La liste des écologistes obtient aussi un résultat en repli :- 9 % reculant de 16,80 % à 7,60 %. Ce score est à rebours de la tendance nationale, puisque le site officiel d’Europe Ecologie Les Verts se plait à enregistrer « un retour dans les urnes de l’écologie » en s’appuyant notamment sur les villes de Grenoble, de Paris, de Nantes et de Rennes.

Partant de ces observations, l’addition brute donne une avance à la droite puisque l’UMP s’est élargie pour absorber la liste d’Isabelle Le Bal : 29,32 % + 14,93 % = 44,25 %. La liste de la municipalité sortante pouvant théoriquement compter sur : 27,91 % + 7,60 % = 35,51 %.

Mais – et heureusement dans le cas qui nous occupe ! – la mathématique n’est qu’une part de la vérité électorale.

D’abord car même dans ce cas, il reste 20 % à conquérir. Les listes du FN, d‘ « Osons la démocratie » et de « la Gauche Bretonne » ne donnent pas de préférence de vote.

Ensuite, et surtout car le corps électoral ne sera pas identique dimanche prochain. Des abstentionnistes du 1er tour viendront voter dimanche. Les uns pour permettre la victoire de l’UMP et les autres pour l’empêcher. Mais il y aura aussi des électeurs qui ne se retrouveront pas dans le duel du 2nd tour et qui après avoir participé au 1er resteront chez eux au moment du scrutin décisif.

Enfin, car une semaine de campagne permet la naissance de dynamiques. Ainsi en 2007, aux législatives sur la seule commune de Quimper, je pouvais espérer rassembler au maximum 50,23 % au soir du 1er tour et que j’en ai obtenu 56,69 %.

Au final, que conclure ? Que la victoire est à portée de main. Que la cohérence des listes fera la décision. Que l’opportunisme qui sous-tend l’attelage de droite Jolivet-Le Bal n’est pas un atout pour Quimper. Que ma conviction est que cette ville n’aspire pas à porter à sa tête un maire copé-sarkozyste…

Fusionner des listes entre les deux tours de l’élection municipale est un art délicat. Après près de 20 ans de pratique, les socialistes et les verts le maîtrisent avec transparence et efficacité.

Il faut en effet remonter à juin 1995 pour retrouver notre première décision de fusion.

Après une campagne parallèle, les résultats du 1er tour souriaient au seul PS : 38 % quand Alain Gérard qui rassemblait toutes les composantes de la droite quimpéroise obtenait 43,7 %. Les écologistes que conduisait pour la première fois Daniel Le Bigot recueillaient 10,2 %, les communistes de P. Rainero 5,8 % et l’extrême gauche 2,9 %.

Bernard Poignant et Daniel Le Bigot sans que rien ne l’annonce, prirent la décision de se rassembler. Ils pouvaient ainsi compter sur un score frôlant les 50 % et comptaient entraîner dans le mouvement ainsi créé l’ensemble des électeurs de gauche. Ils espéraient que les deux autres listes qui avaient décidé de ne pas donner de consigne de vote privilégient une alternance. Le potentiel des voix était alors de 56,4%.

Au soir du second tour, la victoire de la gauche fut bien plus étroite : 14 198 voix contre 14 174. 24 petits suffrages ! 6 % de moins que le total potentiel !

Contrairement aux espérances, la fusion ne fut pas une addition. Il ne fallut que quelques jours pour le comprendre. Les électeurs socialistes n’avaient pas compris l’intérêt pour Bernard Poignant de s’allier avec un parti qui avait choisi de présenter une liste autonome. Les électeurs écologistes n’avaient pas apprécié que Daniel Le Bigot se rapproche d’une force qui marquait à l’époque peu d’attention aux thèmes qu’ils défendaient. Les électeurs communistes ne s’étaient pas senti concernés par ce qu’ils avaient sans doute interprété comme un accord artificiel.

C’est fort de cette leçon que depuis les intentions sont clairement affichées avant le premier tour. Si les candidatures sont parallèles au 1er tour, elles convergeront au second en tenant compte des résultats obtenus. Seul le suffrage des électeurs fixe ainsi l’architecture de la liste qui se présente au tour décisif.

Dès lors, la campagne est sereine, les programmes compatibles et les rapports entre les hommes et les femmes qui sont candidats empreints de considération et de compréhension mutuelle. La fusion n’est pas la confusion puisque la règle est connue de tous.

Depuis, nous avons systématiquement procédé en respectant ce principe. Le succès ne fut pas toujours au rendez-vous mais jamais nous n’avons trompé les électeurs. Cela s’appelle du respect.

Ce fut encore le cas hier. Sans surprise, sans tractation, sans surenchère, la fusion s’est faite simplement et annoncée sereinement.

Tel n’est manifestement pas le cas de nos compétiteurs. Dans l’urgence imposée par les délais légaux mais avec la protection que donne l’obscurité de la nuit, un bricolage a été bâti.

Dans son contenu que la presse vient de publier, tout respire l’improvisation.

Les convictions ne furent sans doute pas le frein le plus lourd à lever. Ludovic Jolivet et Isabelle Le Bal furent deux adjoints d’une municipalité de droite. Ils se connaissent si bien… qu’ils ont préféré faire des listes séparées. Comme le disait en décembre 2013, un co-listier d’Isabelle Le Bal, Allain Le Roux ancien adjoint RPR d’Ergué Armel dans la même municipalité « Jolivet, Fontaine, je connais bien les méthodes de ces gens là« .

Ils n’ont pas dû non plus passer trop de temps sur le programme. Les visions entre les deux listes sont, sur bien des points contradictoires comme la presse a pu le relever, mais la soif de vaincre est un moteur puissant. Là encore, tous ceux qui vivent et observent la politique à Quimper depuis des années savent que les résultats du premier tour effacent bien des engagements. Il me souvient qu’en 2008, Isabelle Le Bal qui faisait déjà profession d’indépendance avait appelé à voter au 2nd tour de l’élection cantonale à Quimper 2 pour le candidat de l’UMP !

Le point le plus difficile a nécessairement été la répartition des responsabilités. C’est toujours le cœur des marchandages électoraux. Et les aboutissements résultent bien plus de l’opportunisme que de souci de l’intérêt de la ville. Du moment que les anciens adversaires s’estiment satisfaits peu importe la viabilité de leur échafaudage. C’est d’ailleurs ce qui explique que ces attelages baroques explosent rapidement une fois confrontés à la réalité du fonctionnement communal entraînant la ville et ses habitants dans des crises nécessairement préjudiciables.

C’est un chemin dont je souhaite préserver Quimper. Parce que les années qui viennent seront périlleuses sur le plan financier en raison de la raréfaction de l’argent public et de la maîtrise de la fiscalité, il faut une équipe soudée et cohérente. Et cela ne peut être la liste de l’UMP élargie.

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